De l'histoire de Cuba - Par René Lopez Zayas - Les belles américaines de Cuba



Les belles américaines de Cuba


Se déplacer à Cuba, du point A au point B, c'est un défi quotidien. Nous n'avons jamais eu trop de voitures pour les familles cubaines. L'attente pour un bus, ou d'autres moyens de transport en commun, peut représenter facilement un tiers de notre temps, bêtement perdu, bien qu'on s'en rend plus compte.


Avoir donc une voiture privée peut actuellement faire toute la différence, un vrai privilège.


Il arrivait cependant que dans les années '50 Cuba, et la Havane en particulier, comptait sur la plus grande proportion de voitures, importées des États Unis, en regard de sa population. Près de 200 000 autos anciennes continuent à rouler et faire de cet archipel le plus grand musée roulant du monde.


Encore une fois, le temps s'est arrêté pour les voitures aussi.


Les belles américaines pourraient facilement traduire l'histoire récente de Cuba. L'interruption des relations avec les américains et l'empêchement conséquent d'importation de pièces de rechange, comme des véhicules plus contemporains, mis à part les autos soviétiques, ont obligé les cubains à se débrouiller pour faire rouler ces autos devenues trop anciennes.


Napoléon disait "Impossible n'est pas français" ...ni cubain, dirais-je aussi bien. Les nombreux garages locaux confirment l'hypothèse.


Les carrosseries et châssis valent bien des chars de combat. Quelques mois de travail transforment un cadavre désossé, en un vrai Frankenstein mécanique. Les pièces chromées autant que les vitres, sont fabriquées maison. Moteur Toyota ou Mercedes Benz, transmission et boîte à vitesse Nissan, suspension Suzuki, air conditionnaire Peugeot et lève-vitres automatiques, le tout tombé du camion, comme parfois le diesel même, tout ça fait d'une Chevrolet ou Ford des années '50, un bijou revendu à des prix exorbitants. Beauté esthétique antique et performance actuelle. Pas trop d'électronique quand-même.


Les mécaniciens et propriétaires sont ingénieux et débrouillards. Ils arrivent souvent à fabriquer les pièces nécessaires, non sans même trouver du plaisir aux difficultés du travail.


Un mécanicien à grand talent au chalumeau, s'arrondit de petites fortunes au travail de transformation de vieilles voitures ordinaires, à d'inimaginables modèles décapotables, pour faire plaisir aux visiteurs et leur besoin de revivre le rêve américain à la Havane. Les modifications passent inaperçues, tellement c'est bien fait.


D'autres cubains préfèrent de prolonger leur vieille caisse sur l'espace du coffre pour rendre le très nécessaire service de taxi collectif, le plus rentable possible. C'est la meilleure solution au conflit posé par la précarité des services de transports en commun.


Que ce soit le train, l'autobus ou les différents transports de l'état, c'est pas vraiment terrible.


Se déplacer par autostop est une pratique courante à Cuba. Une jupette toute courte peut toujours aider autant que le relationnel, ou encore la présence de nos contrôleurs d'un système de covoiturage obligatoire, qui dépanne le 60 % de nos besoins de déplacement à chaque jour. Le peuple cubain, courageux par nature, survit toujours grâce aux principes innés de la solidarité et l'entraide.


Ces chers contrôleurs portent des gilets bleus en ville et jaunes dans le milieu rural, à pas confondre avec des tenues contestataires très tendance à l'hexagone il n'y a pas trop longtemps.


Nos vieilles autos américaines font partie de la culture cubaine. Nous ne pouvons pas nous en passer des beautés restaurées comme des "almendrones" qui tiennent le coup à peine. Les belles américaines font partie de l'histoire de résistance du peuple cubain. C'est un patrimoine devenu passion. Nous en priver serait égal à raser la tour Eiffel de Paris pour les français.


Cuba vit au rythme de vieilles autos. Ça prend du travail, il est vrai, autant qu'on en est fier après. C'est comme les pyramides. Elles y ont été et y seront toujours dans la mémoire collective. Une loi du patrimoine interdit leur exportation. Ces voitures américaines sont à nous.


...et nous travaillons alors pour nos générations futures, tout en espérant qu'elles puissent aussi à leur tour, essayer une fois une belle américaine.


C'est peut-être bientôt votre tour d'embarquer à bord d'une vieille auto à Cuba. En attendant alors, n'arrêtez surtout pas de rêver de voyager ...Cuba te espera!


@rebellecuba aussi.