De l'histoire de Cuba - Par René Lopez Zayas - Comprendre le blocus américain




Comprendre le blocus américain contre Cuba


Cuba est soumis au plus long blocus économique, commercial et financier connu de l'histoire moderne, par les États-Unis, une mesure de guerre, qui a causé des pertes de plus de 900 milliards de dollars à l'île.


Il y a presque 60 ans depuis la mise en place du blocus économique, commercial et financier, et bientôt 30 ans depuis que l'ONU a commencé à voter pour décider de la levée de la mesure unilatérale. Presque à l'unanimité, la communauté internationale l'a rejetée, mais elle ne persiste qu'à cause du droit de veto des États-Unis en tant que l'un des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité.


L'embargo commercial, économique et financier des États-Unis à l'égard de Cuba a été imposé sur la vente d'armes pour la première fois le 14 mars 1958, sous le régime dictatorial de Fulgencio Batista. La deuxième fois, c'était en octobre 1960, en réponse aux expropriations d'entreprises et d'autres propriétés des citoyens américains sur l'île par le nouveau gouvernement révolutionnaire.


Bien que ces restrictions excluaient initialement les aliments et les médicaments, en février 1962, les mesures ont été renforcées et les restrictions sont devenues presque absolues.


Le blocus total contre Cuba a été finalement imposé en 1962 par l'ancien président des États-Unis, J.F. Kennedy.


Le blocus a été mis en œuvre en principe pour réduire le soutien à la révolution cubaine de Fidel Castro, tout en créant un malaise économique pour la population.


"La majorité des Cubains soutiennent Castro (...) le seul moyen prévisible de réduire son soutien interne est le désenchantement et l'insatisfaction qui découlent du malaise économique et des difficultés matérielles (...) tous les efforts doivent être menés rapidement afin d'affaiblir la vie économique de Cuba (...) une ligne d'action qui, tout en étant la plus rusée et la plus discrète possible, réalise les plus grands progrès en privant Cuba d'argent et de fournitures, afin de réduire ses ressources financières et ses salaires réels, provoquer la faim, le désespoir et le renversement conséquent du gouvernement."


Extrait de la page 885 du rapport du Département d'État des États-Unis de 1958 à 1960 où figure un mémorandum secret daté du 6 avril 1960 du sous-secrétaire aux Affaires interaméricaines, Lester D. Mallory.


Au fil des ans, les États-Unis ont avancé différentes raisons pour justifier le blocus, notamment:

- La nationalisation sans compensation des propriétés américaines de l'île (au début de la Révolution).

- Les dangers que Cuba représente supposément pour la sécurité des États-Unis en raison de ses relations avec l'ex-Union soviétique.

- L'exemple cubain d'une insurrection en Amérique latine et en Afrique.

- Allégations de violations des droits de l'homme sur l'île.


En 1992, l'embargo a acquis le caractère de loi afin de maintenir les sanctions contre la République de Cuba.


Plus tard en 1996, le Congrès des États-Unis a approuvé la loi intitulée Helms-Burton Act, ce qui a éliminé la possibilité de faire des affaires dans l'île ou avec le gouvernement cubain par des citoyens américains.


La loi Helms-Burton établit clairement que le blocus n'est pas seulement l'interdiction du commerce réciproque entre Cuba et les États-Unis, c'est l'obligation du gouvernement d'essayer d'arrêter et d'entraver les relations commerciales de Cuba avec n'importe quelle partie du monde, au point qu'il exige que Le Département d'État doit rendre compte chaque année au Congrès des résultats du respect de cette mesure de blocus, qui coûte chaque année à notre pays plus de 4 milliards de dollars.


En 1999, le président Bill Clinton avait prolongé l'embargo commercial en interdisant aux filiales étrangères de sociétés américaines de commercer avec Cuba pour des montants supérieurs à 700 millions de dollars par an, ce qui en fait la première loi transnationale au monde.


Pendant des décennies, la politique d'embargo économique a été défendue par des secteurs de l'exil cubain, dont les votes ont été cruciaux dans l'état de Floride.


Qu'est-ce que le blocus et qu'est-ce que l'embargo ?


Un embargo peut être une ordonnance émise par un pays pour assurer, par la rétention d'actifs, l'exécution d'une obligation légalement contractée, telle qu'une dette.


Le blocus est plutôt un acte de guerre, appliqué unilatéralement contre un pays, dans le cas de Cuba par contre, en temps de paix. Pour cette raison, le cadre législatif américain qui soutient légalement le blocus insiste pour le qualifier de «embargo».


Aucune règle de droit international ne justifie un blocus en temps de paix.


Le blocus américain contre Cuba est illégal car il s'agit d'un acte de guerre et est reconnu comme un <crime international de génocide> selon la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, approuvée par l'Assemblée Générale des Nations Unies le 9 Décembre 1948.


Le blocus américain contrevient aux principes et Droits fondamentaux du droit international: principe d'égalité souveraine, principe de non-intervention, principe d'indépendance et droit à la nationalisation.


Le blocus viole les droits de l'homme des Cubains, car il empêche l'île de développer des liens économiques, commerciaux et financiers avec des tiers de différentes manières. Il en résulte un isolement et une suffocation économique.


Le blocus affecte tous les secteurs de l'économie cubaine avec des millions de pertes et empêche l'accès aux matériaux, produits et services sur le marché international, nécessaires au développement normal de l'île.


Ce blocus cause également des dommages au secteur privé et aux tiers pays en raison de sa nature extraterritoriale. D'énormes pressions et des représailles financières empêchent souvent les échanges commerciaux avec des compagnies de quatre coins du monde.


Le 17 décembre 2014, les présidents des États-Unis et de Cuba, Barack Obama et Raúl Castro, ont convenu d'améliorer les relations politiques, sociales et économiques entre les deux pays, ce qui a conduit beaucoup à supposer que ce serait la fin de l'embargo économique, commercial et financier à l'île.


Après l'arrivée au pouvoir le 20 janvier 2017, l'actuel président des États-Unis, Donald Trump a annulé bon nombre des mesures prises par l'ancienne administration, provoquant le refroidissement à nouveau des relations diplomatiques des deux pays.


Ce gouvernement a également pris des mesures aussi extrêmes, comme essayer d'empêcher l'arrivée du carburant dont notre économie a besoin pour fonctionner.

L'administration Trump a entrepris également de minimiser les échanges bilatéraux officiels entre les deux pays. Il a mis des obstacles aux liens entre les Cubains qui vivent des deux côtés du détroit de Floride en suspendant le trafic aérien et les vols vers diverses parties de Cuba, et a accru la persécution contre la coopération de Cuba en matière de santé.


On sait que Cuba ne peut rien importer des États-Unis par le biais de crédits, Cuba ne peut pas non plus importer de n'importe où dans le monde, si ce produit contient plus de 10% de composants américains.


Malgré cette situation, les États-Unis figurent parmi les cinq principaux partenaires commerciaux de Cuba pour les produits agricoles. Toutefois, le commerce entre Cuba et les États-Unis est soumis à des réglementations très particulières et se déroule sous certaines conditions. Par exemple, Cuba doit payer absolument en espèces pour tous les produits importés des États-Unis, car ce dernier n'accorde pas de crédit financier au gouvernement de Cuba.


Actuellement, les principaux concurrents des États-Unis sont l'Union européenne, deuxième exportateur de produits agricoles à Cuba, suivie du Brésil, de l'Argentine et du Canada. Au total, Cuba en importe environ un milliard de dollars par an, dont environ 6 % des États-Unis.


Cette politique hostile contre Cuba est en partie responsable des difficultés économiques du pays, mis à part les soucis internes typiques et propres à l'administration cubaine.


Le blocus est devenu un élément de la culture populaire cubaine. Si quelque chose ne va pas bien à Cuba c'est toujours la faute à l'embargo américain, et c'est souvent peut-être vrai, mais les cubains pensent de plus en plus qu'il y a de nombreux problèmes quotidiens dont l'origine et la solution ne sont pas à l'extérieur du pays. Il y aurait aussi un deuxième blocus interne, étroitement lié à la pensée rétrograde et incompétences administratives de toute une génération de cubains.


Le blocus finalement n'aurait fait que preuve de son inefficacité objective à travers les méandres de l'histoire, et aurait vieilli, avec des générations de Cubains résilients, qui n'ont pas succombé à une guerre économique légendaire complètement absurde et dépassée pour l'époque actuelle.