De Cuba - Par René Lopez Zayas - L'éternel problème du logement



Depuis le plus loin que je m'en souvienne, le problème du logement à Cuba est pressant, mais ces dernières décennies, le drame s'est aggravé, en particulier à La Havane, car c'est la zone la plus densément peuplée du pays, avec plus de deux millions d'habitants.


A cela s'ajoute le mauvais état de bon nombre de bâtiments, dont certains sont déjà en service depuis un siècle ou même davantage, sans pratiquement aucun entretien depuis près de soixante ans. Environ un tiers des maisons de La Havane ont été déclarées une fois inhabitables, mais leurs habitants sont toujours là, en dépit du danger d'effondrement des maisons, qui devient réalité chaque année pendant la saison des pluies.


Peu de temps après le triomphe de la Révolution, le Robin barbu des bois cubains avait exproprié grand nombre de riches capitalistes, au profit des nécessiteux qui ont commencé alors à occuper les propriétés confisquées. Souvent, d'immenses palais ont été transformés en bâtiments multifamiliaux, avec la détérioration logique des structures architecturales qui, des années plus tard, révéleraient leur valeur patrimoniale.


Ceux qui payaient une location, ont pu dès lors acheter leur appartement à la nouvelle administration, le gouvernement. Des versements mensuels, durant une trentaine d'années, étaient effectués en fonction du salaire gagné par chaque futur propriétaire.

Depuis, tous les Cubains aspirons à être propriétaires de notre maison, quelle que soit la manière d'acquérir cette propriété.


Puis un programme de construction a permis de porter le fonds de logement de Cuba d'environ 1,2 millions de logements à plus de 3,8 millions que nous avons aujourd'hui dans toute la nation.


Peu de pays dans le monde peuvent montrer que plus de 80% de leur population possède la maison dans laquelle ils vivent. Le logement, même en mauvais état, est probablement le bien le plus précieux de toute famille, en particulier des familles à faible revenu. C'est la partie matérielle de cet espace habité par des personnes que nous appelons chez nous.


Soixante ans plus tard, le logement à Cuba continue néanmoins d'être l'un des problèmes les plus difficiles et les plus résistants, qui affecte la population cubaine.


Depuis 1959, plus de 2 millions de logements doivent avoir été construits. Mais les facteurs d'augmentation de la demande se sont superposés. La population cubaine est passée de 7,7 à 11,2 millions d'habitants. La composition de la famille est passée de près de 5 membres à 2,8 lors du dernier recensement, ce qui a provoqué que le nombre de familles est passé à son tour de 1,6 à 3,9 millions. En même temps l'entretien du fonds construit a été minime et les mouvements migratoires internes ont été considérables.


Avec la Révolution, la population de La Havane a augmenté. De nombreux jeunes paysans sont venus étudier et travailler dans la capitale et ne sont jamais revenus dans leurs villages.


Pendant longtemps, ces migrations internes ont coulé librement de la région orientale vers La Havane et ses environs avec un potentiel économique favorable, conduisant ces régions à recevoir une surpopulation excessive et son impact sur le logement.


Des milliers de familles se sont entassées dans de très mauvaises conditions, favelas et citadelles, avec la ferme intention de s'installer à tout prix dans des zones à grande possibilité économique, soit par l'effort de leur travail, soit par l'opportunité de commettre des délits qui leur permettent de vivre.


Ces Cubains qui ont émigré à l'Occident du pays ont été surnommés Palestinos, avec une certaine nuance péjorative et en comparaison naïve avec le phénomène migratoire des vrais Palestiniens, au proche Orient.


Les autorités cubaines ont reconnu que pour inverser la situation actuelle du logement à Cuba, un investissement public de plus de 4 milliards de dollars était nécessaire, ainsi qu'un taux de construction de 50 000 logements par an.


Obtenir des ressources pour construire des logements n'est pas chose facile, d'autant plus qu'une majorité de notre population n'a pas les moyens de les payer dans un délai raisonnable. L'Etat a développé alors un programme de subventions pour les secteurs les plus vulnérables qui a favorisé plus de 30 000 familles.


Le logement, peut-être en tête de la liste du mécontentement de la population, présente aujourd'hui un déficit officiel de près de 900 000 unités, dont plus de 200 000 à La Havane.


Le décret, approuvé en novembre 2011, qui supprimait l'interdiction historique d'acheter et de vendre des biens immobiliers, fait partie des réformes les mieux reçues par la population sous la présidence de Raúl Castro,


Depuis il est devenu légal et vraiment simple de commercialiser nos maisons. Les prix par contre se sont multipliés et c'est devenu aujourd'hui 3 à 4 fois plus cher d'acheter une maison. De plus ces transactions entre privés doivent être faites absolument en argent liquide. La banque cubaine prélève toujours 4 % d'impôts, au vendeur autant qu'à l'acheteur. Les prix officiels des maisons sont imposés par la compagnie immobilière de l'état. Ces tarifs représentent toujours moins que le vrai prix dans le marché immobilier actuel. Il arrive donc que les différences, habituellement non déclarées, soient dûment remboursées le soir même que l'affaire est réglée, autour d'un rhum et ...une poignée de mains.


Il avait été de même approuvé en 2010 d'accorder des permis de construire «par ses propres efforts et moyens », c'est-à-dire de manière privée, aux propriétaires de terrains, de toitures ou d'autres zones disponibles, tant pour la réparation des maisons en mauvais état que pour leur agrandissement.


Dans le cadre de cette réforme économique, la vente libre de matériaux tels que le ciment, les granulats et les blocs a été autorisée, pour stimuler également la construction de logements dans le secteur privé.


Ce changement de modèle de gestion du logement a eu des résultats très positifs, quoique toujours insuffisants.


Le projet de restauration du patrimoine culturel de la vieille ville de la Havane aurait apporté aussi un bénéfice directement à la communauté. Des milliers de familles ont vu leurs maisons ressusciter dans toute leur splendeur. Le plus gros du travail est encore à poursuivre cependant.


De même, l'intérêt a été porté à la politique de stimulation de la fécondité et des naissances. Depuis lors, des centaines de mères de trois enfants ou plus ont eu le bénéfice de plus de 42 millions de pesos alloués à la construction de nouvelles maisons et aux travaux d'entretien général.


En ce qui concerne la récupération des habitations endommagées par des phénomènes météorologiques, près de 50 000 familles ont été récemment bénéficiées. La solution définitive de tous les cas cumulés est cependant projetée sur 2 à 3 ans de travail, délai trop beau et optimiste pour être certain.


D'après les autorités pertinentes, tous ces programmes mis en œuvre jusqu'à présent pour résoudre le problème du logement ont un horizon d'au moins dix ans.


La gravité de la situation et l’impact du logement sur la perception de la prospérité, obligent le gouvernement à continuer sans cesse à chercher de nouvelles formules qui contribuent à raccourcir les délais pour trouver la solution à l'éternel problème du logement à Cuba.


Photo : Estudio Bianchini "Hotel Habana"

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